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RDCongo: Offrir une seconde chance aux adolescentes devenues mères précocement

Une jeunesse au service de la paix et du développement durable

On le sait, de plus en plus de filles mineures tombent enceintes et deviennent mères précocement en Afrique. Aussitôt, ces mères adolescentes sont exclues de l’école peut-être même de leur famille parce qu’elles deviennent à la fois une charge de plus et une honte pour leurs parents. Dans l’Est de la RDCongo, plusieurs mariages sont ainsi conclus  de gré ou de force entre des adolescentes enceintes et les supposés auteurs de leurs grossesses….hélas, ces jeunes filles sont instantanément abandonnées. Et ceci n’est pas qu’une question de culture, c’est aussi un problème de pauvreté et d’instabilité liée à l’activisme des groupes armés dans la région.

Ayant pris conscience, le mouvement socioculturel des jeunes dénommé Amani-Institute s’est lancé le défi d’identifier et d’encadrer ces jeunes filles dans le territoire de Rutshuru au Nord-Kivu. Il s’agit de leur offrir une seconde chance dans l’éducation, la réinsertion sociale et économique sous l’approche mutuelle de solidarité et de dialogue « MUSODI en sigle ».

Kahindo Gertrude fait partie de cette dynamique et voici son témoignage: « j’ai 15 ans et mon fils a déjà 9 mois aujourd’hui…je suis tombé enceinte lorsque j’étais en première année secondaire » raconte-elle. La jeune fille n’a connue qu’un seul homme (le père de son petit enfant), âgée d’une vingtaine d’années et la question semble avoir été arrangée à l’amiable entre deux familles.

Bien avant, Kahindo Gertrude ne savait visiblement pas grand chose sur le fonctionnement de son corps et c’est ainsi qu’elle est tombée dans le piège d’une mauvaise compagnie: « un jour on discutait su sexe avec deux amies du quartier…elles étaient un peu plus âgées que moi et chacun parlait de comment ses seins avaient commencés à pousser, ses poils pubiens et ses relations avec les garçons » se souvient-elle.

La pauvre fille, qui n’avait jamais connue aucun homme auparavant, a été encouragée d’y aller: « mes amies ont dit  que si je n’ai pas de relation sexuelle avec un garçon, j’aurai des abcès pousseraient au niveau de mon appareil génital et que je risquerai de ne jamais mettre au monde…je m’y suis directement lancée et quelques temps après, j’ai constaté que j’étais déjà enceinte, la plus grosse bêtise de ma vie » renseigne Kahindo Gertrude, nostalgique.

Elle dit que la question sur la sexualité responsable, n’a jamais été débattue dans sa famille et pas suffisamment à l’école car cela constitue un tabou dans sa communauté: « il fallait se débrouiller seule, et je ne savais même pas maitriser ma menstruation…» explique la jeune fille qui a été chassée de l’école aussitôt, car le règlement scolaire n’autorise pas les filles enceintes à rester à l’école.

Comme Kahindo Gertrude, plusieurs jeunes filles ont connu cette situation et beaucoup d’autres continuent d’en souffrir dans la région. C’est pourquoi l’association à but non lucratif Amani-Institute a décidée d’intervenir dans ce domaine depuis l’année 2019. La création des mutuelles de solidarité et de dialogue « MUSODI » au sein de la communauté, ces jeunes filles devenues mères précocement apprennent leurs droits les plus élémentaires, et reçoivent une sorte d’éducation sociale et financière pour auto-prise en charge.

L’idée est aussi simple: se rassembler chaque semaine, apprendre et dialoguer, épargner et investir dans l’établissement des activités génératrices de revenus bénéfiques aux membres. Depuis le début, des centaines de jeunes filles ont bénéficié de ce programme et Kahindo Gertrude en fait partie: « j’essaie de m’en sortir aujourd’hui à cause de cet encadrement, mais au début là c’était très difficile » indique-t-elle.

Gertrude estime avoir beaucoup apprise au point qu’elle ne tomberait plus jamais dans le piège de la mauvaise compagnie: « ma santé sexuelle, j’en sais un peu plus et je fais du petit commerce des frites aujourd’hui pour avoir de quoi donner à mon enfant, grâce au plaidoyer de l’organisation Amani-Institute et à ma bonne conduite, mes parents ont promis de me ramener à l’école l’année prochaine si tout va bien » assure-t-elle, audacieuse !

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